« L’entreprise est-elle un lieu laïque ? »

 
 

Chercheur au Groupe sociétés, religions, laïcités du CNRS depuis 2010, Hicham Benaïssa fut chargé d’études et de recherche « diversité et fait religieux en entreprise » chez FACE de septembre 2010 à avril 2014. Il a représenté FACE au colloque « la laïcité en pratique » du 1er et 2 avril dernier sur le thème « l’entreprise est-elle un lieu laïque ? ». Retour sur 4 ans de recherche-action avec la Fondation.

Organisé par le Cefrelco, en partenariat avec Randstad et la région Île-de-France, le colloque « la laïcité en pratique » a accueilli plus d’une centaine de personnes, venant tant du monde de l’entreprise, de la recherche ou des pouvoirs publics. Hicham Benaïssa a participé à la table ronde « l’entreprise est-elle un lieu laïque ? », au titre de ses quatre années d’expérience chez FACE, et a pu échanger avec, entre autres, des chefs d’entreprises  et des syndicalistes. FACE, en son nom, a ainsi fait part de ses connaissances pratiques et a fait entendre le mieux possible les préoccupations concrètes qui agitent les entreprises membres de son Réseau.

Depuis quatre ans, le doctorant mène en effet une recherche-action au sein de la Fondation sur le thème de la gestion du fait religieux en entreprise. Rencontre.

 

Depuis quand vous intéressez-vous au fait religieux en entreprise ?

Je m’intéresse à cette question depuis mon arrivée chez FACE, il y a quatre ans. C’est à peu près à cette date que la problématique du fait religieux commence à émerger publiquement, bien qu’elle existait déjà officieusement. Dans le cadre de mon doctorat qui porte sur les sujets de « l’économie et la religion », la question de la gestion du religieux en entreprise apparaissait aller de soi. Devant une problématique émergeante pour les entreprises, et au moment où j’entame des recherches fondamentales sur cette question, le point de jonction et d’articulation fut FACE.


C’est donc pour cette raison que vous avez choisi FACE pour votre contrat CIFRE* ?

FACE est la seule Fondation qui permet d’établir des passerelles entre des domaines qui communiquent peu ou mal. Nous opposons traditionnellement le monde de l’entreprise avec le monde de la recherche, ce qui me parait être une erreur. Le rôle de l’entreprise est de plus en plus important dans notre société, c’est aujourd’hui l’un des principaux lieux de socialisation. Une entreprise, c’est davantage qu’une entreprise, sa fonction dépasse ses missions premières. En dehors de ses performances, améliorer les liens au sein d’une entreprise, c’est aussi améliorer les liens au sein de la société. Pour cela, il faut comprendre, entamer des recherches, proposer et agir. J’étais donc tout disposé à m’engager au sein de FACE qui permet de créer toutes ces possibilités. De son côté, la Fondation a permis de mettre au service des entreprises de son Réseau, un chercheur pleinement investi sur cette problématique.

 

Cette thématique est complexe et rare. Sur quoi vous appuyez-vous pour vos recherches ?

Elle est en effet très complexe, c’est pourquoi le meilleur moyen de l’appréhender était d’engager une recherche-action sur ce sujet. Il n’existe pas de recherches sérieuses sans enquêtes. Il m’a donc fallu d’abord me consacrer pleinement à toute une série d’entretiens avec les acteurs directement concernés par cette problématique (salariés, managers, responsables ressources humaines, chefs d’entreprises…). J’ai ensuite confronté tout ce matériau à plusieurs types d’analyses, tant juridiques que sociologiques ou managériales, etc. Ce n’est qu’après avoir appréhendé les enjeux dans toutes leurs dimensions qu’il m’a été possible de mettre en forme un contenu de formation, à partir des réalités concrètes des entreprises.


Pour revenir au colloque auquel vous avez participé le 2 avril 2014, l’entreprise est-elle un lieu « laïque » ?

Si nous entendons un lieu « laïque » par un lieu neutre, alors non. Une des grandes difficultés auxquelles j’ai dû me confronter lors de mes formations était que, dans beaucoup d’esprit de mes interlocuteurs, la laïcité était assimilée à son principe de neutralité, en réduisant à sa portion congrue le principe de liberté. Nous oublions souvent qu’avant d’être une restriction, la laïcité est une liberté. La loi de 1905 est une loi qui vient d’abord défendre les libertés de ceux qui veulent croire ou de ceux qui ne veulent pas croire, et cela de manière égalitaire. Ceux à qui la loi commande la neutralité sont l’ensemble des personnes travaillant pour et au nom de l’Etat. L’entreprise n’est pas dans ce cas-là, elle reste régie par le droit privé. Par conséquent, en l’état actuel des choses, c’est le principe de liberté religieuse qui prévaut. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas régulée ou conditionnée par des principes juridiques ! Le droit du travail et la doctrine jurisprudentielle encadrent l’expression religieuse en entreprise. Il faut de toute urgence en prendre connaissance et ne pas hésiter à interdire certains comportements dès lors que le droit le permet.

 

Proposez-vous des formations/sensibilisations pour les entreprises intéressées par le sujet ?

Oui. J’ai jusqu’à aujourd’hui dispensé une trentaine de formations et sensibilisé plus de 600 personnes. Nous recevons de plus en plus de demandes d’entreprises qui souhaitent mieux s’outiller et s’emparer du sujet. Ce qui est une bonne chose. En accord avec nos missions, nous continuerons, bien sûr, à aider les entreprises qui le souhaitent.

 

*La Convention Industrielle de Formation par la Recherche est un dispositif de financement de thèse.

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